07. Otalgies
Les otalgies peuvent être classifiées en primaires et secondaires. Les otalgies primaires sont dues à une pathologie intrinsèque alors qu'une otalgie secondaire est en fait une douleur référée d'une autre source.
Anatomie
En raison de la nature de l'innervation de l'oreille, une grande diversité de structures peuvent référer à l'oreille, par le mécanisme de convergence. En effet, aucune autre structure aussi petite dans le coprs humain a autant de sources d'innervation. C'est-à-dire des branches des nerfs crâniens trijumeau, facial, glossopharyngien et vague, en plus du petit nerf occipital (C2-C3) et du grand nerf auriculaire (C2-C3) provenants du plexus cervical. L'oreille partage donc son innervation sensitive avec plusieurs autres structures de la tête et du cou, incluant le visage, les yeux, la mâchoire, les dents, le larynx et le pharynx. À noter que les structures de l'oreille interne (i.e. la cochlée et les canaux semi-circulaires) sont innervées par le nerf crânien vestibulo-cochléaire, qui n'a pas de fibres nociceptives. Ainsi, la plupart des pathologies de l'oreille interne ne provoquent pas de douleur. Cependant, il peut y avoir d'autres sensations, tel qu'une pression ou sensation de plénitude.
Otalgies secondaires
I. Dents. Il est souvent mentionné dans la littérature que chez l'adulte, près de 50% des otalgies sont d'origine secondaire. Et environ 50% des ces otalgies secondaires proviennent de diverses pathologies affectant les dents, particulièrement les molaires. Dans ce cas, les douleurs peuvent être sévères et souvent amplifiées par l'ingestion de liquides froids. Cependant, ces proprortions ne sont pas appuyées par des données publiées. Dans une étude impliquant 615 patients, les causes d'otalgies secondaires notées étaient principalement dentaires (38%), temporomandibulaires (35%), et cervicales (8%).
II. Désordres temporomandibulaires. Comme autres sources secondaires, il y a donc la musculature et les fascias de la tête et du visage qui provoquent une douleur sourde, constante, à l'image des douleurs des céphalées de tension. L'articulation temporo-mandibulaire, via le nerf trijumeau, va souvent référer une douleur à l'oreille qui tend à être amplifiée par la mastication. Une problématique temporomandibulaire peut également présenter jusqu'à 85% du temps des symptômes otologiques tels que: plénitude, étourdissements, accouphènes et sensation de perte d'ouïe.
III. Voies respiratoires supérieures. Les pathologies du pharynx et du larynx peuvent également causer des otalgies secondaires, via le nerf glossopharyngien, habituellement accompagnées de dysphagie, difficulté respiratoire, et douleur à la gorge.
IV. Région cervicale. Comme les racines C2 et C3 sont contributives à l'innervation de l'oreille, diverses pathologies cervicales peuvent causer une otalgie secondaire. Une étude s'intéressant particulièrement à la région cervicale comme cause potentielle d'otalgie secondaire a établit que cette dernière peut être responsable dans près de 45% des cas. La cause exacte serait la plupart du temps conséquence d'une dégénérescence du rachis cervical. Dans cette même étude, 20 patients ayant eu la région cervicale établit comme cause, ont été traités en physiothérapie avec 100% des patients ayant eu une amélioration subjective significative. Les modalités de traitements ne sont toutefois pas abordées.
V. Désordres neurologiques. Les névralgies du nerf trijumeau et du nerf glossopharyngien peuvent causer des otalgies secondaires. Ces dernières sont toutefois rarement isolées.
VI. Eagle's syndrome. Ce syndrome est attribuable à un processus styloïde congénitalement allongé, un processus hypertrophié suite à un trauma, ou encore à un ligament stylohyoïde ossifié ou dégénéré. Une douleur à l'oreille est fréquente, mais il peut également y avoir des douleurs pharyngiennes, sensation de corps étranger dans la gorge, dysphagie et odynophagie. Il est probable que les symptômes soient causés par une compression des nerfs trijumeau, glossopharyngien et/ou vague, ou de l'artère carotide. Les symptômes sont habituellement augmentés par une rotation cervicale contralatérale. Et la palpation d'une préominence osseuse douloureuse par la fosse tonsillaire ajoute du poids au diagnostique, qui est confirmé par une infiltration. Une chirurgie peut alors être à envisager.
VII. Autres. Les glandes parotides, l'oesophage (e.g. reflux gastriques), le coeur (e.g. infarctus du myocarde) et la glande thyroïde peuvent toutes également causer une otalgie secondaire.
Otalgies primaires
Pour ce qui est des otalgies primaires, on compte différents types d'infection, les plus fréquentes étant l'otite moyenne aiguë et l'otite moyenne avec effusion, particulièrement chez les bébés et les enfants. Elle accompagne ou suit régulièrement une infection des voies respiratoires supérieures. La cause de la fréquence accrue chez les jeunes enfants est l'association avec une dysfonction de la trompe d'Eustache. La trompe étant plus horizontale en bas âge, soit seulement 10 degrés d'inclinaison contre 45 à l'âge adulte, elle ne permet pas efficacement le drainage des sécrétions. De plus, elle est plus courte. Les sécrétions nasopharyngiennes peuvent alors plus facilement atteindre l'oreille. Finalement, la partie postérieure du tube est osseuse alors que la partie antérieure du tube est cartillagineuse. Comme ce cartillage est moins rigide en bas âge, il peut subvenir un certain affaisement de la trompe. Si la trompe se retrouve bouchée, par des sécrétions ou un affaissement, alors l'ajustement de pression à l'oreille interne s'en trouve affectée. La patient peut alors ressentir une sensation de plénitude. Par ailleurs, ce mauvais ajustement de la pression interne peut causer une pression négative qui aura comme effet d'aspirer les sécrétions nasopharyngiennes.


Pour finir, mentionnons également les barotraumas dans les causes d'otalgies primares, tel que lors de la plongée sous-marine ou lors d'un changement rapide d'altitude, comme en avion par exemple.
Investigations
Dans les causes d'otalgies, primaires et secondaires, il ne faut pas oublier la possibilité d'une tumeur. Lorsque l'oreille a été vérifiée par un médecin et qu'une cause primaire ou secondaire ne peut pas être mise en évidence, il importe d'investiguer car plusieurs organes peuvent référer à l'oreille et donc parfois être le premier symptôme d'une pathologie possiblement léthale, surtout si le patient a plus de 50 ans. Ainsi, il est généralement conseillé d'investiguer si le patient a plus de 50 ans, présente d'autres symptômes suspects, ou si les symptômes sont rebels aux traitements.
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